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23-11-2017

La lettre hebdomadaire de Jean-Luc Chalumeau
Avec ou sans Picasso, de Sophie Chauveau à Stephan Lévy-Kuentz

La chronique de Pierre Corcos
Art et folie

La chronique de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

La chronique
de Pierre Corcos
Panique à bord, Roland Topor...
Créé en 1962 par Fernando Arrabal, Alejandro Jodorowsky, Roland Topor, Olivier O. Olivier, Jacques Sternberg, etc., le mouvement Panique (du dieu Pan) libéra dans les arts graphiques, le théâtre, la poésie et la littérature une chimère, un monstre fabuleux qui aurait pu accompagner l'insatiable, pulsionnel dieu mi-homme mi-bouc, une créature artistique incongrue, composite, dans laquelle on aurait pu déceler hasard surréaliste, terreur fantastique et euphorie anarchiste... Trois expositions eurent lieu à la galerie Schmidt (Paris) en 1962, 1964 et 1966, et les curieux apprécièrent - tout comme aujourd'hui et jusqu'au 29 juillet à la BNF dans le cadre de l'exposition Le monde selon Topor - un dessinateur utilisant la plume et les crayons de couleurs pour démantibuler les cadres rassurants de notre vision du monde.

Proposée vingt ans après la disparition de Roland Topor (1938-1997), cette grande rétrospective (plus de 300 oeuvres !) constitue un hommage appuyé à un artiste d'une foisonnante créativité, qui exerça ses talents multiples dans les illustrations pour la presse ou l'édition, les décors et costumes de théâtre, la création d'affiches, des films d'animation et, bien entendu, les dessins d'humour noir, dont chaque visiteur garde sans doute un exemple en mémoire, tant la facture et la thématique toporiennes sont d'emblée reconnaissables...
Quand il se met au travail, cet artiste commence non par des recherches plastiques mais par des images et des idées. Sans elles, il n'aurait pu être également cet auteur de scénarii de films, de romans, de chansons, de nouvelles, de pièces de théâtre, d'émissions de télévision. Mais qu'en dessins ou bien en écritures ses idées prennent corps, elles se montrent le plus souvent subversives. Jusqu'à attirer parfois à son auteur des condamnations morales : Jean-Michel Ribes, qui travailla avec lui pour les émissions Merci Bernard et Palace à la télévision, raconte qu'avec Topor la censure menaçait constamment... Il ne s'agit pas d'une subversion d'ordre politique, convenons-en, mais plutôt d'un renversement des valeurs logiques, morales, esthétiques conventionnelles. La pratique du non-sens, de l'immoralisme, de la difformité semble mobilisée par l'artiste pour nous rappeler constamment ceci : nos valeurs communes de civilisation tiennent seulement quand la guerre et les catastrophes ne sont heureusement pas là. Sinon... Rappelons à ce propos quelques épisodes traumatiques et éclairants de la vie de Topor : fils d'émigré juifs polonais en France, il subit durant la période infâme de Vichy l'application des lois antijuives, qui valent à son père la déportation dans le camp de Pithiviers et, pour le petit enfant qu'il est, quelques terreurs traumatiques. Pour lui permettre d'échapper avec les siens à l'extermination, c'est la fuite quelque part en Savoie. Mais, dans cette campagne, il découvre avec horreur comment les animaux auxquels il s'attache sont brutalement mis à mort, et deviennent juste de la viande à consommer... Toute cette cruauté, cette épouvante, Roland Topor va les sublimer grâce à une déréalisation opérée par l'insolite, le sarcasme, la déraison. L'adolescent a en effet rencontré les figures de Tzara et de Jarry, et surtout, étudiant (de 1955 à 1964) à l'École des Beaux-Arts de Paris, il s'est offert les moyens de donner formes, figures aux angoisses et obsessions, de transmuer les cauchemars en oeuvres artistiques. Tout comme le firent auparavant un Goya ou un Kubin... Roland Topor écrit : « La violence sucrée de l'imaginaire console tant bien que mal de la violence amère du réel ». Et de fait, les lignes ondulées de ses dessins, le filet enveloppant, serré de ses hachures fines à la plume, les couleurs tempérées de ses crayons adoucissent étonnamment les scènes effroyables que son imagination n'arrête pas d'inventer. Et si la déformation, la mutilation, la dévoration se succèdent, images jaillissant de l'enfer intime des hantises ou phobies corporelles, un patient, délicat traitement graphique semble chuchoter que l'artiste conserve, au milieu « de la violence amère du réel », toute sa tendresse humaine.

Déjà, une grande rétrospective avait été consacrée à Roland Topor au Stadtmuseum de Munich en 1985, puis il eut droit à une belle exposition à l'École des Beaux-Arts de Paris l'année d'après. En 1999, un autre hommage à la MEP puis, au musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg en 2004, une rétrospective magnifique... Il fallait donc bien que la BNF, le plus grand dépositaire de l'oeuvre, offrît au public cette lecture en quatre temps (bien pensée, balisée par Céline Chicha-Castex et Alexandre Devaux, commissaires d'exposition) du monde toporien à travers dessins, presse, livres, animation, films, pour que l'unité d'inspiration, derrière la diversité des modes d'expression, s'imposât.
Unité d'inspiration s'interprétant peut-être ainsi : l'entrée dans le corps gigantesque de la Femme (multiples dessins fantasmatiques autour de la vulve) s'identifie à l'absorption dans l'Imaginaire. Cet imaginaire protecteur, « sucré », de sa lente alchimie transfigure les paniques enfantines, angoisses de castration et violences du réel en une production onirique où l'horreur, comme dans un film muet, a perdu le son et la troisième dimension. Et où, à jamais prisonnière de cet enveloppant filet de hachures, enfin elle ne pourra plus s'échapper.
Pierre Corcos
18-05-2017
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