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[idées]
25-03-2014
PAPARAZZI
ou comment la presse people bouleverse nos grilles de lecture

par Christophe Cartier
Christophe Cartier

Quand le déficit d’information fait mouche
Longtemps le mythe de la preuve par l’image a perduré, mais les photos récentes du président de la république française et l’affaire médiatique qui s’ensuivit montrent un déficit d’information. On est loin de l’image choc qui appuie le propos.

Que voit-on sur cette Une de Closer ? Un président jovial et une jeune femme dans l’encoignure d’une porte qui semble, un sourire timide aux lèvres, suivre le président des yeux. Une partie de l’avant-bras gauche du président couvre la lourde porte, le mouvement de l’épaule ainsi qu’une partie du pardessus retourné donne un effet de mouvement qui suggère que le président s’éloigne de la porte. A mieux regarder on aperçoit un léger filet blanc vertical, d’un millimètre, qui représente moins d’un quart de la hauteur de la une et qui scinde la photo en deux, du bas du titre à l’épaule du président de la république. Cette division objective de l’image ne semble avoir été posée que pour éviter un problème juridique lié au photomontage… les lettres du titre se superposent à l’image. « L’amour secret du président ». Ces quatre mots légendent la photo et nous donnent une information relayée en haut de l’image par « exclusif » et en dessous, le nom du président et celui de la jeune femme.

Dans ce rectangle qui occupe la moitié de la une, ces informations, textes et différentes images constituent un tout. Il ne s’agit plus d’étayer, preuve par l’image un fait précis mais bien au contraire d’en réaliser son illustration. Il ne s’agit plus de montrer, mais de suggérer.
La prédelle de quatre images qui figure sous ce rectangle est constituée de gauche à droite de deux images circulaire en couleur et de deux images en noir et blanc.
On n’y voit toujours rien…
De gauche à droite, un homme à la corpulence du président, tout de noir vêtu et casqué sort de la porte qui ressemble beaucoup à celle devant laquelle on voit la jeune femme. A côté le portrait du chef d’état casqué, la visière relevée qui laisse voir ses traits. Et enfin, deux photos en noir et blanc ou respectivement l’on voit, toujours apparemment devant la même porte, une silhouette féminine et un homme casqué debout tenant le guidon du scooter tandis qu’un autre homme casqué est en train de prendre place sur le siège arrière.
Sur ces deux dernières on peut lire, blanc sur noir : « Il passe ses nuits avec elle à deux pas de l’Elysée ».

Ces quatre images ne sont pas grandes. Accolées aux deux images supérieures du président et de la jeune femme, l’ensemble occupe dans un carré toute la une du journal juste sous le titre du magazine au-dessus duquel dans un rond est indiqué « édition spéciale ».
L’intérieur du magazine est du même acabit et ne mérite pas que l’on s’y attarde. Ce sont à peu près les mêmes séries d’images accompagnés de textes qui tentent de les relier au président.

Notre époque numérique a pris goût, via les réseaux sociaux, aux rumeurs dont la presse auparavant avait l’exclusivité et dont une partie de son travail constituait à en vérifier la véracité et peut être en apporter la preuve par l’image.
Si cette fois-ci une ligne rouge a été franchie, ce n’est pas parce que la vie privée d’un président a été dévoilée, l’information sera toujours plus forte qu’une hypocrite retenue… mais dans ce cas précis elle n’est pas traitée, ou alors par des approximations hasardeuses qu’on a l’habitude de trouver sur le Web. Nos yeux et nos cerveaux, véritablement lessivés par le flux d’informations venus de nos écrans ont baissé la garde.

Car ce qui est grave c’est que le traitement qui est fait de cette information soit le même que lorsqu’il s’agit d’une vedette de télé réalité.

La rumeur court, on amalgame quelques images de provenance différentes pour la « mettre en scène », on rapproche celles-ci d’une image vide de sens mais censé être la caution, preuve par l’image de l’histoire racontée et le tour est joué…

Les deux photos censées être celles du président « pris en flagrant délit » ne montrent rien… Jamais, au siècle dernier des images si peu probantes auraient été utilisée pour confirmer une telle rumeur. Le journaliste ce serait fait renvoyer dans les cordes et personne n’aurai osé ou eu l’idée de traiter le sujet au travers de suppositions que le rapprochement de telle ou telle image pourraient laisser imaginer.

C’est pourquoi nous allons courir voir l’exposition « Paparazzi ! Photographes, stars et artistes ». S’y rendre avec nostalgie comme on peut visiter les archives d’un monde à jamais disparu ou la quête de la preuve par l’image donnait de bien belles photos dont la notoriété des gens photographiés à leurs insu renforce encore aujourd’hui l’intensité dramatique.

Il n’y a qu’à se rappeler les images de Jacky Onassis nue sur une plage, ou encore celles de Jacques Mesrine ou Caroline de Monaco. Les photos de cette dernière réalisées par Patrice Habans (grand oublié, comme d’autres, de l’exposition de Metz) à la fin des années 70 montrait Caroline, telle une superbe naïade, plonger en pleine mer du bateau princier lors de son voyage de noces avec Philippe Jugnot. Les images étaient prises au téléobjectif, le grain photographique rappelant les images des pictorialistes. Elles auraient été parfaites tirées en procédé Fresson. Une pure merveille ….
Ces images n’étaient pas dues au hasard mais le fruit d’un long travail. Le reporter photographe ayant été informé de ce voyage sans en connaitre la destination a pu grâce à son talent en savoir le périple. Une partie de son travail a consisté à se faire passer pour un radio amateur qui sous prétexte de déterminer les limites de sa machine est entré en contact avec le bateau dont le capitaine lui a donné la position.

Quant à ceux qui de manière caricaturale se montrent outrés « de l’entrée des paparazzis au musée » on leur répondra que c’est un champ d’investigation légitime au même titre que l’époque, la mode, la morale, la passion le furent en leur temps.
Le mythe du paparazzi appartient désormais à une époque révolue. Les nouvelles technologies entrainent de nouvelles pratiques et utilisations de monstration. Notre regard s’adapte et évolue. Les drones sont déjà utilisés par quelques photoreporters et il n’est pas anodin qu’une de ces machines (un système de micro-drones do it yourself et libre) se nomme Paparazzi.

Notre regard doit rester vigilant. Veillons…

 

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Christophe Cartier
25-03-2014
  paparazzi
     


Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com