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action d'éclat

éditorial

du 11-03-2010

La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau

Le théâtre de la cruauté
de Kara Walker

 
Nous étions la semaine dernière à Rouen, au musée des Beaux-Arts. Restons dans la capitale de la Haute Normandie pour évoquer l’exposition de Kara Walker à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts (jusqu’au 27 mars). Kara Walker est née en 1969 dans la multiraciale Californie et y a grandi sans problèmes ; elle n’a eu la révélation de sa négritude qu’en voyageant en Géorgie, là où, dit-elle, être noir est chargé de sens, « de passions et de désirs interdits ». De là son œuvre, aujourd’hui mondialement reconnue, construite sur une question : « Qui suis-je au-delà de cette peau dans laquelle je vis, en dehors de ce lieu où l’on m’a changée ? »

Que voit-on ? L’inhumation d’une femme noire et sa résurrection. Le viol d’une jeune noire par un maître blanc qui scie ensuite la jambe d’un adolescent. L’esclave unijambiste va tuer le maître et la jeune fille accouplés, puis violera à son tour la morte. L’horreur est contée avec une extrême douceur : les ombres chinoises évoluent lentement, ce qui accroît leur pouvoir de fascination. « Dès qu’on commence à raconter l’histoire du racisme, on la revit, on crée un monstre qui nous dévore, commente Kara Walker. Mais aussi longtemps que quelqu’un dira « tu n’es pas d’ici », il semble pertinent de continuer à explorer le terrain du racisme ».

La vidéo est de 2007, elle a été prêtée par le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris qui avait organisé une mémorable exposition Walker la même année. Le commissaire, Jason Karaïndros, artiste et professeur multimedia à l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen, a eu la bonne idée d’associer à l’œuvre de Kara Walker une exposition de Brigitte Zieger dont les récentes « sculptures anonymes » interrogent les rapports que nous entretenons avec l’histoire contemporaine. Les deux artistes se font écho sur des registres différents et complémentaires, et l’on se dit que oui, décidément, l’art contemporain est bien, comme tout art en tout temps, le reflet de son époque.
J.-L. C.
jl.chalumeau@usa.net
éditorial du 11-03-2010
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