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Aurélie Dubois
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Les figures rabelaisiennes de Claude Jeanmart

par Gérard-Georges Lemaire

20-06-2018

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Au commencement de l’aventure artistique de Claude Jeanmart, il y avait la peinture et le dessin. Il n’a jamais renoncé à ces techniques. Quand je l’ai connu, il se concentrait sur la danse et ses mouvements dans l’espace, Mais il a voulu aborder des domaines plus contemporains et a exploré le monde de l’image de synthèse. En ont découlé de nombreuses œuvres d’une grande originalité et aussi des films vidéo qu’il a réalisés par son épouse Denise, dont un bon nombre ont été tirés de l’œuvre de Franz Kafka, un autre d’après une nouvelle de l’écrivain tchécoslovaque Karel Capek, la Cartomancienne, d’autres étant issus de textes expressément composés pour eux, comme le Collectionneur de rêve Nouvelles du Protocosme ou Leçons de ténèbres de Patrizia Runfola.

Mais il n’aurait jamais pu se contenter d’une seule sphère où mener sa recherche. Il a conçu un très beau film, purement plastique, qui s’intitule Corps noir à l’occasion de l’exposition « Le Noir absolu ». Cette œuvre bicolore marque un tournant car, à cette époque, il s’est intéressé au dessin « à l’aveugle ». Cela s’est traduit par des exercices qu’il a exécutés avec des amis et des élèves consistant à dessiner dans le noir. Puis il s’est demandé de quelle façon les aveugles pouvaient se représenter le monde sensible en utilisant les moyen leur disposition (surtout le toucher). L’essai de Denis Diderot, La Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient (1749), qui lui a été inspirée par des recherches de René-Antoine Ferchault de Réaumur a été fondamental dans cette quête. L’enctclopédiste en a tiré des conséquences de caractère matérialiste, puisque toute métaphysique dépend en grande partie de la perception que l’on a des choses. Ces remarques vont le conduire tout droit au donjon de Vincennes, où il est resté enfermé trois mois. Mais Claude Jeanmart ne s’est pas intéressé spécifiquement à cet aspect de la question, mais plutôt à celle de la perception par la perte de sens (l’obscurité) ou en l’absence d’un sens essentiel : la vue. Les voyants ont les yeux bandés pendant ses expériences qui concernent d’abord le dessin et ensuite la photographie (sujet intéressant car il y a eu un grand photographe slovène aveugle, Evgen Bavcar).

Ses Corps aveugles l’amènent par la suite à concevoir un cycle de grandes peintures (exécutées sur le verso et le recto avec un jeu complexe de transparences et d’opacités) et d’enchevêtrements de lignes sinueuses qu’il va dénommer Les Géantes Agiles. Il s’agit là de grandes toiles libres qui font 9o x 2oo cm. Ce sont des corps monstrueux, déformés, qui se meuvent dans l’espace d’une manière grotesque et drolatique à la fois, mais qui affirment en même temps leur force et leur grâce paradoxale. D’une certaine manière, il en revient la dynamique de la danse, mais y inscrivant une touche carnavalesque. Le travail savant de la peinture contrebalance l’aspect ridicule des figures. Il prolonge cette recherche par les Géantes par monts et par vaux. En outre, il accompagne cette création de travaux d’atelier réalisés collectivement, qui partent des mêmes sujets dans un format beaucoup plus petit ou le modèle peut devenir l’artiste et réciproquement, ou alors des modules de plus petite taille imprimés

Récemment, il a désiré composer une série d’œuvres monumentales qui seraient des Atlantes, débarrassés (provisoirement) de leurs connotations mythologiques et même architecturales. Il a voulu traduire au masculin, ce qu’il faisait au féminin et qui change plus de points qu’on ne le penserait en premier lieu.

Je dois avouer que la richesse des perspectives ouvertes par Claude Jeanmart m’a toujours fasciné et continue de le faire, peut-être encore plus ces dernières années, au fur et à mesure que sa réflexion se fait plus sophistiquée et complexe. Il y a chez lui une dimension qui s’est révélée sur le tard et qui est le goût du monstrueux. L’a-t-il emprunté à François Rabelais ou à Jonathan Swift, ou a-t-il suivi le chemin de philosophes utopiques ? Il ne le dit pas et, au fond, cela n’a aucune importance car nous pouvons interpréter ses créations comme des fêtes plantureuses et comiques, qui révèlent le corps non tel qu’on tient le voir, mais tel qu’il apparaît dans notre esprit et dans les rêves. Le noir est devenu pour lui un révélateur suprême, comme si les sujets de l’art ne pouvaient trouver leur existence qu’au fond de cette matrice insondable.

Il entend créer en premier lieu à « tâtons », et plus tard reconstituer ses découvertes par de savantes superpositions graphiques et chromatiques. Il ya un mélange d’art nègre et de japonisme, d’art brut et d’esprit Cobra dans ces compositions, mais surtout une invention permanente qui a désormais trouvé son axe porteur et ses rythmes décalés et déconcertants. Il ne joue pas vraiment sur le contraste du beau et du laid, mais a derrière la tête l’idée que la beauté peut-être le fruit d’une difformité et que ce beau dont a de plus en plus de mal s’accorder sur la définition est peut-être un dépassement des concepts et des idées classiques. Jeanmart est maniériste et baroque, mais dans le langage qui devrait être le nôtre par les temps qui courent. Dommage que bien peu de ceux dont le métier consiste à débusquer cette beauté moderne (ou au-delà du moderne) n’aient pas toujours su le découvrir.


Huang Yong Ping


Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com