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Activité

Eric Rondepierre et les aléas de la pellicule

par Gérard-Georges Lemaire

05-09-2018

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Monumenta

Eric Rondepierre est à la fois écrivain et artiste. La chose n’est pas si rare : Michel-Ange a aussi été un grand poète, Odilon Redon a composé des contes, Félix Vallotton et Maurice de Vlaminck, des œuvres romanesques, Alfred Kubin a excellé dans les nouvelles. Ardengo Soffici et Filippo De Pisis, des poètes et des auteurs de récits qui ne peuvent laisser indifférents. Salvador Dalì, Giorgio De Chirico et son frère Alberto Savinio ont été de grands maîtres de la littérature. Mais ce qui fait la particularité de ce premier est d’abord lié étroitement à l’art romanesque et son entreprise plastique. Le roman qu’il a publié en 2005 dans la collection « Fiction & Cie » aux éditions du Seuil et qui s’intitule La Nuit Cinéma est un véritable vadémécum de sa démarche esthétique. Dans le livre, le héros travaille pour une énigmatique compagnie nommée CIRC. On comprend que cet organisme a affaire avec le cinéma. Le narrateur a une relation privilégiée avec un certain R. V. dont on ne connaît ni le rôle ni même la nature véritable des relations qu’il entretient avec notre personnage. Je laisserai de côté les ressorts dramatiques de cette histoire, et ne me concentrerai que sur les recherches de ce jeune homme qui, de ville en ville, d’Istanbul à Sarajevo va fouiller dans des entrepôts à la recherche de bobines de films ; et ce qui l’intéresse dans ces films, ce n’est ni le sujet, ni le metteur en scène, ni les acteurs, mais plutôt de singulières occurrences qui apparaissent sur la pellicule, en particulier des césures, qui sont les signes d’un incompréhensible défaut sur la pellicule. Il s’intéresse aussi aux moments où le sous-titre persiste quand l’image a disparu. Plus tard, il se concentre sur les effets spéciaux de bande-annonces. C’est une sorte de quête obsessionnelle qui le porte toujours plus loin au sein d’une intrigue qui semble l’entraîner dans une aventure dédalique.

Tout cela s’est traduit par des œuvres qui sont des agrandissements de ces photogrammes découverts ou volés. Il utilise ces phénomènes pour mettre en exergue une conception insolite du septième art qui lui ouvre le champ d’une réflexion sur ce qui déplace les lignes de la représentation un infime instant. Il s'agit d'un nouvel entendement de l'art Eric Rondepierre n’est pas un artiste qui se sert de l’image filmique comme tant d’autres l’ont fait avec les effets produits par les pixels. Non, il ne s’intéresse qu’à ces non-lieux qui font partie de notre expérience cinématographique et la perturbe momentanément. La collection qu’il a constituée s’impose comme une interrogation sur ce non-dit involontaire qui est révélateur d’une faille : aussi infime soit-elle, elle nous amène à nous interroger sur ce qui perturbe la perception d’une séquence, le passage d’une scène à l’autre, ou interrompt à brûle-pourpoint un dialogue. Cet infiniment petit de la technique se métamorphose en un infiniment grand de l’art visuel et de l’art romanesque. Là réside un questionnement sur ce qui est brouillé ou même occulté.

Mais ce n’est pas un parcours purement conceptuel qu’il nous propose. C’est une autre manière de voir les choses en focalisant l’attention sur ce qui pourrait être une sorte de « punctum » du film. Dans son livre, il évoque « quelque chose qui était là » et qui s’imprime sur notre rétine et qui s’est mis à faire partie du corps du film. D’une certaine façon, il explique comment le spectateur, aussi attentif, soit-il, accentue la distance qu’il y a entre l’œuvre exploitée, l’œuvre crée à partir de cette mis en exergue et la rétine. Et en fin de compte l’interprétation qui peut en être extrapolée. La Nuit Cinéma relate la poursuite angoissée de cet « intertexte » en palimpseste, qui nous fait découvrir un art qui est, en quelque sorte, une intrigue au deuxième degré.

Plus récemment, comme on a pu le voir à la galerie Isabelle Gounod à Paris, Eric Rondepierre a exploré une nouvelle dimension : celle de l’image télévisuelle ou électronique. Il y a vu aussi de curieux effets de perturbation : il s’agit cette fois d’une déformation de l’image de cinéma par la technique de transmission numérique (DSL). Il a donc collecté une série de ces images en faisant un choix précis -, celles où apparaissait une actrice célèbre. Il est difficile de reconnaître leurs traits ; quelques visiteurs ont reconnu une ou deux de ces femmes, mais très peu d’entre eux. C’est une galerie de portraits que l’artiste propose, déconcertante, comme si les modèles avaient été placés devant un miroir déformant, brouillant leurs traits au point de les rendre méconnaissables. Là encore, il a recherché une défaillance révélatrice qui oblige tout un chacun à s’interroger sur ce qui vient rendre une représentation caduque et pourtant digne d’intérêt. Quel paradoxe ! Qu’on se souvienne des tableaux de Francis Bacon : les visages et les corps sont contorsionnés, tout comme tout ce qui les entoure. Là, c’est le hasard qui est maître du jeu. Mais c’est justement lui qui intéresse l’artiste, car il est la source d’une interrogation sur cet entre-deux de l’être, qu’on pense d’une évidence limpide et qui, à mesure qu’on l’observe, l’est de moins en moins. Vincent Van Gogh défaisait la perspective, et donc déformait les figures. Paul Cézanne a aussi usé de ce procédé auparavant dans un tout autre registre. Et puis il y a eu le cubisme et tout le reste. Alberto Giacometti ramenait les êtres à un état filiforme, par essence tragique. Ici, pas de tension dramatique, mais un entre-deux dérangeant, car l’on devine bien la personne dont le faciès a été décomposé de manière aléatoire. C’est le soupçon qu’il veut faire naître dans une sphère qui n’est pas abstraite, mais qui n’est plus vraiment figurative. Pas d’être, mais pas de non-être non plus. Quelque chose qui ne se nomme pas, tout en saisissant le spectateur d’une inquiétante étrangeté ayant néanmoins sa beauté. Une beauté difficile à admettre, incompréhensible, mais bien présente. Dérangeante, mais belle au-delà du terme.


Huang Yong Ping


Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com