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Traces temporelles - Manuscrits magiques
Traces temporelles - Manuscrits magiques Estampes

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Santiago Arranz, l’ami intime des écrivains

par Gérard-Georges Lemaire

13-02-2019

Monumenta

Monumenta

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Monumenta

Monumenta

Je pourrais presque écrire : « Il était une fois… », car il y a bien longtemps que je suis allé à Saragosse pour la première fois afin de choisir des artistes aragonais qui auraient pu figurer dans l’exposition que je préparais et qui allait être présenter à Toulouse et dans cette cité à l‘époque encore relativement de petite taille, modestement peuplée et encore bien en retrait de la modernité qui submergeait l’Europe. On aurait pu encore se croire à l’époque de Franco s’il n’y avait cette grande ferveur culturelle qui se faisait jour de toute part.

J’ai alors visité des dizaines d’atelier et rencontrer un grand nombre d’artistes. Bien peu m’ont convaincu. Mais pouvait-il en être autrement ? En fait je n’ai été séduit que par deux créateurs ; le premier était un sculpteur et s’appelait Riccardo Calero et le second était peintre : c’était Santiago Arranz. J’ai conservé surtout le souvenir d’un grand tableau représentant un taureau. L’animal immobile était bien figuratif, mais pas traité d’une façon réaliste. C’était plus l’idée abstraite de cette bête monstrueuse : elle était presque monochrome, avec une couleur Terre de Sienne dominante, qui valait autant pour le sol, le ciel que son pelage. En fait ce tableau résumait à la perfection l’ambition de ce jeune artiste : s’éloigner le plus possible de toutes les formes d’expression déjà explorées sans pour autant s’engager dans la course échevelée de la “ tradition du moderne “. D’un côté, il a peu à peu défini un langage plastique se traduisant par des formes schématisées constituant plusieurs séries d’alphabets plastiques, qui lui ont permis de les intégrer dans les ensembles architecturaux (et non de s’y superposer). C’est le seul créateur contemporain qui a été en mesure d’accomplir, à ma connaissance, cet exploit, de faire complètement corps avec les éléments architecturaux sans les dénaturer ; plusieurs de ses réalisations sont actuellement visibles dans plusieurs bâtiments publiques importants de Saragosse et elles sont remarquables de beauté. D’autre part, il n’a eu de laisse de cerner les contours d’un monde dont la poétique visuelle tire ses origines de l’art ancien, mais se présente comme un art de son temps. Pour lui, l’ancien et le moderne doivent ne constituer qu’une seule entité ; mais sa modernité doit toujours être apparente, malgré ce souci de ne jamais rompre avec les temps révolus. Ses alphabets, qui ne se réfèrent à aucun style répertorié, possèdent néanmoins quelque chose de l’art musulman et de l’art chrétien médiéval : ils se trouvent au fondement de la culture aragonaise après la chute de l’Empire romain. Tout se joue chez lui non pas dans le style, mais dans l’imaginaire d’un ensemble construit. Bien sûr, le style n’est pas secondaire, loin s’en faut, mais ce n’est pas lui qui constitue la part la plus originale de sa recherche : il seconde et amplifie la structure de ses cycles de signes destinés à être intégrés dans un ensemble architectonique.

Une autre dimension importante de sa quête picturale est déterminante : son amour de la littérature. Il a toujours aimé travailler en ayant un interlocuteur poète ou romancier. Au début des années 1990, il a pris pour thème Les Villes invisibles d’Italo Calvino. Mais loin de lui l’intention d’illustrer cet ouvrage célèbre qui a été publié en 1972. Il a pris comme trame centrale une conception toute personnelle de la ville, conçue un peu comme une tout de Babel, toujours inscrites dans un même canevas formel, mais qu’il décline avec une grande variété de formes et de couleurs. D’une certaine façon, il a assez fidèle à l’esprit de l’auteur, qui faisait de chaque cité le topos d’une passion, d’une fonction d’une relation (le désir, la mémoire, le regard, les noms, les morts, etc.). Il ne s’agit donc pas de la cité idéale de la Renaissance, comme celle qui se trouve dans le palais ducal d’Urbino. Elles ont avant tout d’une ville inventée pour un sens, une pensée, une philosophie, un moment du temps humain. Santiago Arranz est parvenu à donner de la ville une représentation magique et romanesque, et pourtant avec un rapport étroit avec notre réalité.

Il a aussi éprouvé l’envie d’avoir voir maille à partir avec des hommes de lettres comme Franz Kafka ou encore Juan Goytisolo avec lequel il a entretenu un dialogue intense.

Plus récemment il s’est intéressé à Federico Garcia Lorca ; mais il n’a pas entrepris d’embrasser toute son œuvre mais de retracer à sa façon le voyage qu’il avait fait à New York entre 1929 et 1930 et qui a abouti à la publication de son recueil Poeta en Nueva York ; il se fait le biographe du poète andalous, mais dans une optique presque surréaliste. Tous les éléments sont authentiques, mais ils sont chaque fois conçus d’une façon différentes : collages, photomontages, frises, alignements sur des carreaux sur le sol, un nouvel alphabet créé en l’honneur du poète, un plan de la ville qui se métamorphose en une fleur orangée énorme, des séquences photographiques, des scènes prises dans ses poèmes et recomposées, des assemblages polychromes, etc. En somme, il retrace les jours et les nuits passés à Harlem ou dans le Village de Manhattan, ses rencontres, ses émotions, ses pensées et ce qu’il a pu retenir de ces dix mois où il s’est retrouvé plongé dans un univers très loin du sien et qu’il a adopté dan ses carnets, ses dessins, ses poèmes.

Malgré l’hétérogénéité recherchée des moyens que l’artiste a utilisés, ils finissent par former un tout paradoxalement cohérent qui entrent en une sorte d’harmonie curieuse avec les textes poétiques de Lorca sont eux aussi des montages de choses très diverses et qui ont fini par se fondre dans une vision -, mais une vision qui n’est pas monolithique, au contraire. La diversité de ce dont il a fait l’expérience de l’autre côté de l’Atlantique a été à l’origine d’un kaléidoscope verbal très prenant. Arranz a opté pour une technique assez similaire dans la sphère des arts plastiques. Tout en restant fidèle à l’esprit de Lorca, il l’a aussi recréé en refaisant le même chemin, à une autre époque et par d’autres moyens.


Huang Yong Ping


Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
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Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
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Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com