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Marilena Vita, entre mythe et onirisme

par Gérard-Georges Lemaire

21-05-2019

Monumenta

Monumenta

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Monumenta

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Monumenta

Marilena Vita est Sicilienne. Elle vit à Syracuse. Elle enseigne les arts plastiques et est aussi peintre. Elle fait aussi des œuvres photographiques. Vous n’en saurez guère plus. C’est une artiste secrète, très secrète, elle ne dévoile rien de son existence et de sa personnalité, bien qu’elle soit le plus souvent le modèle de ses créations.

Je classerai ses œuvres photographiques en deux catégories. Mais ce n’est là qu’un expédient pour rendre mon discours plus clair.
La première, je la qualifierai de mythique. Elle ne fait référence à aucune mythologie connue et ne fournit aucun indice pour nous mettre sur la bonne piste. Il n’y a sans doute pas de piste car tout est le fruit de son imaginaire. Elle souhaite que ses compositions demeurent énigmatiques. Bien sûr, ses origines et les paysages qu’on découvre dans la plupart de ses scènes évoquent l’antiquité gréco-latine. Mais ce n’est qu’une supposition de ma part. En tout cas, ces clichés nous ramène dans une période lointaine, où les humains frayaient avec les dieux. Elle ne cherche ni à pasticher, ni à transformer des histoires qu’auraient pu relater Hésiode ou Virgile. Mais elle s’empare néanmoins de leur esprit, de leur charge émotive et de leur nature qui transcende le réel. On voit des femmes toutes vêtues de noir qui paraissent danser près du rivage, ou un navire fantôme qui rappelle le retour de Thésée ou la quête des Argonautes. Mais c’est le spectateur qui construit le récit à partir des éléments figuratifs présents dans la composition. C’est là qu’elle instaure le jeu : nous avons devant les yeux des tableaux vivants qui rappellent l’univers des symbolistes. Première interprétation un peu hâtive de notre part, car on ne pas se satisfaire de l’inconnaissable ou de l’impénétrable. Quoi qu’il en soit, il se dégage de cette confrontation une sorte de poésie qui à la fois fascine et questionne. L’incertitude qui s’installe et même s’accroît à mesure qu’on les observe est la clef de l’affaire : nous sommes transportés dans un lieu et une temporalité indéchiffrables et les poses adoptées par les figures sont très suggestives, mais restent écrits dans une langue que nous ne connaissons pas, quand bien même elle semble nous paraître un tant soit peu familière. C’est là un paradoxe troublant qui engendre un trouble esthétique.

Dans cette perspective, il convient d’inclure un cycle baptisé Narcissa, qui est une suite d’ « illustrations » d’un livre en cours de publication qui relate l’histoire doublement légendaire de cette jeune fille grecque qui invente la peinture dans le plus grand secret - invention qu’on attribue après sa mort à un jeune homme, Narcisse. En marge de cette transmutation des mythes antiques, on pourrait introduire une autre catégorie, qui est celle du folklore. On y voit apparaître le modèle vêtu de larges robes qui danse parfois (comme dans La pupa, en noir et blanc)ou semble prendre des poses hiératiques, baroquisantes ou religieuses dont le sens échappe. Ces clichés se rapprochent le plus de ses propres performances. La seule certitude que nous puissions avoir est que la représentation s’inscrit dans une tradition populaire. Mais, une fois de plus, bien fort sera celui qui serait en mesure de dire avec précision laquelle.

La dernière catégorie peut être qualifiée de moderne. On y trouve des objets, du mobilier, des lieux qui appartiennent à notre époque. Mais, presque toujours, tout est perçu dans une optique surréaliste -, plus d’ailleurs dans le sens qu’a donné à ce mot son inventeur, Guillaume Apollinaire que dans celui d’André Breton. Il est incontestable que Marilena Vita introduit une plus ou moins forte dose d’onirisme dans ses œuvres. Certaines peuvent être purement imaginaire ou une sorte de détournement de la réalité quand l’artiste tombe lentement le long d’une haute bibliothèque, ou qu’elle dort au fait d’une autre pièce de mobilier. Il y a aussi cette peinte maison rose qui donne l’impression qu’un bosquet pousse à l’intérieur. Elle transforme la réalité la plus commune, faisant un théâtre d’ombres chinoises avec des objets du quotidien le plus banal. Elle insinue ici de l’humour et une touche d’ironie. Tout ce qu’elle crée nous porte non à douter du monde tangible, mais à le percevoir autrement. Et elle finit, même dans les paysages en apparence crédibles, par semer le trouble dans nos esprits. Une composition peut retenir notre attention car elle se distingue de toutes les autres : il s’agit du corps d’un homme dont la silhouette blanche se détache sur un fond noir, la tête, ou ce qui devrait être la tête décollée est un ovale gris. C’est là sans doute une manière de proposer une autre façon de manifester ce qui est pour elle la manifestation d’une théâtralité intérieure qu’elle projeté dans l’univers concret, avec des moments plus traduisibles que d’autres.

Marilena Vita ne cherche ni à révéler le chaos du monde tangible, ni, à l’inverse à la poétiser à l’extrême. Elle s’emploie plutôt à rechercher ce qui peut, dans le labyrinthe de ce qu’on perçoit et de ce qu’on entend (dans les deux sens du terme) être en relation intime avec idée qu’elle s’en fait, qui est éminemment poétique, mais qui ne se présente pas comme tel car elle ne veut pas de départir de ce goût du jeu et du faux-semblant qui est dans sa nature profonde. De toute évidence, elle tient à maintenir ses distances et également à cultiver une très grande ambiguïté, qui ne fait que s’accentuer. Rien n’est littéral, certes, mais rien n’est purement symbolique ou transcendé. Le spectateur se retrouve dans un entre-deux, et est pris au piège comme Thésée dans le labyrinthe du Minotaure, sans qu’aucune Ariane ne lui donne une bobine de laine rouge. Sans le déconcerter (sauf en de rares occasions), elle le met dans une situation un peu inconfortable, que compense curieusement le plaisir à se trouver là à ce moment précis.


Huang Yong Ping


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Christophe Cartier

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édité aux éditions du manuscrit.com