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de Gérard-Georges Lemaire
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Berthe Morisot et l'art du XVIIIe siècle, sous la direction de Marianne Mathieu, Musée Marmottant Monet / Editions Hazan, 208 p., 35 euro.

Morisot, coffret avec livret, Editions Hazan, 35 euro.

La figure de Berthe Morisot (1841-1895) est généralement associée à l'impressionnisme. Et puis on l'associe à Edouard Manet, qui a été un maître pour elle qui lui a souvent servi de modèle. De plus, elle est entrée dans la famille de ce dernier puisqu'elle a épousé son frère, Eugène. Elle s'est passionnée très tôt pour le dessin et a suivi les cours de Geoffroy-Alphonse Chocarne puis ceux de Guichard. A partir de 1830, le musée du Louvre s'ouvre plus à l'art espagnol et anglais. La redécouverte et donc le réestimation de l'art français du siècle précédent a lieu à cette époque sous l'impulsion de riches amateurs éclairés. Se sont intéressés à Antoine Watteau et à Jean-Baptiste Greuze, ainsi qu'à François Boucher et à Jean-Honoré Fragonard. Jean-Baptiste Siméon Chardin.
Le critique Théophile Thoret les étudie et en fait l'éloge. Bien sûr, les frères Goncourt, avec leur collection et leur monumental et très judicieux jugement sur ces créations qui sont apparues voici peu en Europe. On peut aussi retrouver des similitudes impressionnantes qui peuvent parfaitement plaider en faveur de ces peintres alors négligés, sinon vilipendés. Berthe Morisot a fait des copies de Boucher et a su apprécier les subtilités de Chardin. L'exposition du musée Marmottan, met en valeur ce que la jeune femme a pu puiser dans les peintures de ses prédécesseurs dont elle a su tirer une inspiration sans pour autant amorcer un retour en arrière. On n'ignore pas qu'elle a visité l'exposition Martinent en 1860, qui a fait renaître l'intérêt pour l'art sous Louis XIV et Louis XV.
Peu après, elle est devenue l'élève de Camille Corot et d'Achille Oudinot, elle fait la connaissance de Charles-François Daubigny. Elle est reçue aussi au Salon Daubigny au cours d'un voyage. Elle est reçue au Salon en 1864 avec deux tableaux, Souvenirs de bords de l'Oise et Vieux chemin à Auvers. Un an plus tard, elle présente Etude au bord de l'eau et Nature morte.
Ces oeuvres sont appréciées et elles rappellent pour les unes Chardin et pour les autres, Corot. Toutefois, elle ne pastiche pas ses modèles. Mais le rapport avec Watteau est manifeste chez elle à cette époque. Elle ne répète pas des scènes galantes dans son genre, mais s'intéresse surtout à son rendu des figures, au traitement des vêtements et dans la posture des personnages. Il est possible de retrouver un hommage à Fragonard dans sa Leçon de piano (1880).
L'exposition est remarquable car elle nous enseigne à regarder les oeuvres de Berthe Morisot avec plus de connaissance de ses arrières plans esthétiques et aussi de saisir le sens de ses influences. Le catalogue, remarquable, nous fournit des indications très sérieuses et pertinentes sur une recherche plus complexe qu'on pourrait l'imaginer. A ne manquer à aucun prix !

Le bel album consacré à Berthe Morisot par les éditions Hazan n'est pas seulement un une très belle collection des oeuvres de cette artiste bien connue, mais dont on ne mesure pas tout à fait bien l'ampleur de son travail. Il permet à tout-un-chacun de découvrir son univers, qui demeure très réservé, souvent centré sur la vie familiale, mais jamais mièvre. Il y a même dans sa façon de peindre une vive énergie et une volonté de rendre ses compositions. Qui l'aura entre les mains comprendra assez vite qu'elle a été sous-estimée et qu'elle s'était révélée l'une des artistes les plus brillantes du cercle des impressionnistes. C'est donc un instrument indispensable pour découvrir cet univers pictural dont on a toujours réduit la portée. De plus, on s'aperçoit qu'elle a eu des qualités comme portraitistes ou metteur en scène de scènes de genre un peu comme l'a fait Chardin, avec modestie (mais cette modestie est un peu « fausse » et une grande audace dans le rendu très fin accompagnant la grande sagesse de ses sujets.
C'est un périple indispensable pour ne pas rester dans l'ignorance d'une trajectoire étonnante et émouvante d'une femme extrêmement douée et digne de figurer au sommet de ce panthéon esthétique. Il ne s'agit pas ici d'une question liée à sa condition féminine, mais au fait que sa brève existence qui ne lui a pas permis de passer le cap du nouveau siècle et donc de jouir de la notoriété qui a finalement été celle de Monet ou de Renoir, mais pas du très doué Alfred Sisley, décédé en 1899.




Fantômes du Louvre - les musées disparus du XIXe siècle, Pierre Singaravelou, Louvre éditions / Editions Hazan, 144 p., 29 euro.

Depuis l'érection de la pyramide de Pei, le musée du Louvre a subi de nombreuses transformations. Ces dernières sont assez déroutantes car ce grand palais est devenu un labyrinthe par toujours compréhensible. Je me souviens l'avoir visité quand j'étais enfant, le dimanche, et les lieux étaient plutôt déserts. On voyait les copistes concentrés sur leur tâche et la Grande Galerie me paraissait immense. On y voyait l'Enterrement à Ornans de Gustave Courbet qui était presque un monochrome noir ! Aujourd'hui, beaucoup d'oeuvres ont été transférées au musée d'Orsay et les salles réservées à la statuaire sont plus vastes. On a vu réapparaître des peintres relégués aux réserves, comme Decamps. Mais toute poésie a disparu !
Dans ce livre, nous découvrons ce qu'a été le Louvre au cours du XIXe siècle et quelles ont été ses métamorphoses. Il y avait de grandes marines et des maquettes superbes de navire. Tout cela a été transféré au musé »e de la Marine. L'art africain et l'art asiatique étaient présents dans une sorte de confusion géographique et culturelle. Le musée Guimet abritera plus tard tous les arts d'Asie et le musée du Quai de Branly (Jacques Chirac) a engrangé les masques et les statuettes africaines. Ce fut donc un lente métamorphose. Au milieu du siècle en question, le journal satirique Charivari s'est gaussé de cet endroit qui paraissait une sorte de cimetière des éléphants de la peinture et de la sculpture ! L'auteur a expliqué de manière éloquente quelles ont été les mesures draconiennes prises au fil du temps pour que ce musée ne conserve plus que l'art égyptien, grec et romain et puis l'art occidental après le Moyen Âge. C'est une véritable révélation même si l'on peut deviner que bien des choses ont changé depuis cette époque !
C'est là un merveilleux guide voyage dans l'histoire de cette collection extraordinaire - l'une des plus belles du monde. L'auteur a su nous montrer quelles étaient les sections qui se sont développées depuis l'époque de Napoléon et de son premier directeur, Vivant Denon - une figure exceptionnelle. S'il expose les faits avec sérieux, ses chapitres ne sont jamais ennuyeux. On peut ainsi visiter ce musée d'autrefois en s'émerveillant de ses richesses depuis lors répartis dans les autres institutions parisiennes. C'est un ouvrage qui devrait satisfaire aussi bien l'érudit, l'historien d'art et l'amateur.




Abstraction lyrique en résonance, galerie Bertrand Trocmez, 110 p.

Le catalogue que la galerie Bertrand Trocmez de Clermont-Ferrand nous offre un aperçu tout à fait intéressant de ce qu'a été l'Ecole de Paris. Deux des artistes représentés, Gérard Schneider et Ladislas Kijno ont connu une certaine reconnaissance de leur vivant. James Guittet a également été considéré comme un peintre de valeur. D'autres ont connu un retour en grâce très mérité après leur disparition, telle Ida Karskaya, qui est une créatrice remarquable dont les compositions sont d'une grande subtilité. Les autres sont demeurés dans l'ombre, comme Wanda Davanzo, Pierre Pichet ou Oscar Gauthier. Cette publication rend possible la redécouverte de ces peintres qui ne déméritent en rien. Il fut aussi noter la présence de Huguette-Arthur Bertrand, qui a été une figure notable de cette période. On se rend compte que leur réussite n'a pas tenu à leur manière de traiter l'informel ou toute autre mode de l'abstraction de l'immédiate après-guerre: ils ont exploré chacun à leur façon, avec une gamme infinie de solutions formelles, tous les modes d'expression qu'avait permis, avec l'abandon de la figuration, l'essor de mille expériences informelles. La présentation de Clotilde Scordia est bien faite et éclairante et chaque peintre voit les reproductions de ses oeuvres précédées par un essai critique de l'époque (par exemple, de Michel Ragon). C'est donc là une exposition qui mérite d'être vue ou, tout du moins, connue à travers cette publication de tout respect.




La Vie extraordinaire d'un homme ordinaire, Paul Newman, La Table Ronde, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Serge Chauvin, 226 p., 24, 50 euro.

Il ne s'agit pas ici d'une autographie écrite de la main du célèbre acteur américain, mais d'un savant et méticuleux montage réalisé par David Rosenthal. Si la méthode peut poser question, il faut reconnaître que c'est fait avec beaucoup de soin et sans fausse note. Il a évité de tomber dans le piège d'avoir fait parler Newman à la première personne. Il se permet de le faire qu'à partir du moment où il peut utiliser les enregistrements faits par Steward Stern où l'acteur se raconte.
De plus, il a eu l'idée judicieuse de mettre en exergue des détails biographiques sur des membres et des amis de la famille, ce qui allège le récit et permet au lecteur de ne pas se perdre dans des méandres généalogiques. Paul Newman est né en 1925 à Shaker Heights dans l'Ohio. Il est le fils d'un habile homme d'affaires juif et d'une mère originaire de Slovaquie, qui est catholique. Il a grandi dans un milieu où le couple parental s'effilochait. Au terme de ses études secondaires, il est appelé sous les drapeaux. Il est versé dans la marine. Il est sorti sans encombre de cette période où la guerre a été particulièrement éprouvante pour les Américains et a été démobilisé en 1946.
Il a pu finir ses études au Kenyon College et faire du théâtre, qui est alors devenu une vraie passion. Il obtient son diplôme et sa marie avec Jackie Witte. En 1950, son père décède et ne laisse rien à ses proches. Le jeune homme doit faire face à ces problèmes d'argent et a l'idée d'utiliser une bourse d'étude à Yale. Là, il a pu reprendre son activité théâtrale. Il a décidé de se rendre sur la côte est de son pays et est entré à l'Actor Studio. Il a commencé à jouer dans des pièces à Broadway et a participé à une série à la télévision en 1952. Il a été engagé pour d'autres séries les deux années suivantes. Il fait des essais pour le cinéma sans succès. Après la mort de James Dean, il est amené à le remplacer.
Il fait ses vrais débuts au cinéma en 1954 en obtenant un rôle dans La Couleur de l'argent. Alors a commencé une carrière couronnée de succès (il a obtenu un Oscar) comme interprète, mais aussi comme réalisateur. Ce qui frappe dans ce livre, c'est qu'il n'y a ni scandale, ni extravagance dans la vie de cet homme talentueux mais sans histoire. En tout cas, on peut suivre le cheminement de sa carrière qui l'a rendu célèbre. C'est une vraie pépite pour les amateurs de cinéma.




Foi, espérance et carnage, Nick Cave / Sean O'Hagan, traduit de l'anglais par Serge Chauvin, Quai Voltaire, 368 p., 24, 50 euro.

Je dois l'avouer, à ma grande honte, j'ignorais complètement Nick Cave. Je me suis informé et j'ai appris que c'était une célébrité mondiale dans le domaine de la musique, mais aussi de la littérature. Né en 1957 en Australie dans la province de Victoria, il quitte sa ville natale pour se rendre à Melbourne avec sa famille, ayant en tête l'idée d'y étudier la peinture après avoir étudié dans un institut de technologie.
En 1973, il crée avec des amis musicien un groupe musical, le Birthday Party, et y figure comme chanteur. Le groupe a du succès et commence à être réclamé dans de grandes villes dans le monde comme Berlin ou Londres. Ses membres se sont faits une place dans l'univers musical de la Pop music. Dans ce livre, Nick Cave raconte son existence ainsi que sa carrière, mais nous révèle sa vision du monde actuel. Je me garderai bien de faire des commentaires sur une personnalité dont je ne sais absolument rien.
Mais ce que j'ai lu de ces dialogues démontre une grande vivacité d'esprit et une manière originale de regarder le temps présent. Je suis certain que tous ses admirateurs trouveront là une belle satisfaction et qu'ils ne me tiendront pas rigueur de mon ignorance cette fois complète.
Gérard-Georges Lemaire
23-11-2023
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