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actualités des expositions

Dianne Bos - The Sleeping Green.
Un no man’s land cent ans après

  [verso-hebdo]
22-06-2017

La lettre hebdomadaire de Jean-Luc Chalumeau
Actualité de Georges Rohner

La chronique de Pierre Corcos
Le malheur, le comique et l'écriture

La chronique de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Actualité de Georges Rohner
Mercredi 14 juin 2017. Vladimir Velickovic reçevait sous la coupole de l'Institut Philippe Garel élu au fauteuil de Georges Rohner à l'académie des Beaux-Arts. Garel, bien connu des lecteurs de Verso qui lui a consacré un dossier en janvier 2008, important peintre et sculpteur (ses bronzes monumentaux sont installés dans plusieurs pays), rendait ensuite un vibrant hommage à son prédécesseur. Moment émouvant, qui rendait à l'actualité Georges Rohner, disparu en 2000. C'est l'occasion, pour cette chronique, de rappeler que Rohner, artiste peu bavard, ne formulait jamais de discours sur sa peinture qui pourtant était d'une incomparable richesse. Son art était dégagé de toute pesante intention de l'auteur. La peinture seule parlait, et ce n'était pas forcément pour ne rien dire ! Rohner ne se contentait pas d'exploiter picturalement les possibilités d'équilibre entre une forme organique - l'homme - et des formes mécaniques - par exemple la locomotive (L'Homme et la machine, 162 x 300 cm, 1980), Rohner donnait à la première un achèvement que l'on pouvait prendre dans la double acception d'atteinte à la perfection et de terminaison ou terme. Au contraire, il ne révélait les secondes, si impressionnantes soient-elles, que fragmentairement : les extrémités manquaient, la rationalité pure semblait ne déboucher sur rien.

On s'en voudrait de trop développer un discours « humaniste », mais le fait est là : la matière visuelle travaillée par Rohner ne pouvait pas ne pas être signifiante dès lors que le non-fini - qui était aussi un in-fini - et l'achevé s'y combinaient avec à la fois tant d'évidence et tant de souplesse. Comme toute pratique sociale, le travail de l'art s'effectue sous l'influence et éventuellement dans les contradictions d'une idéologie. Rohner était sans conteste du côté de l'homme et non du côté de la machine. Son idéologie - si c'en était une - était celle de la jouissance du regard conscient, non celle qui se traduit par l'affirmation dogmatique de la Règle pour la Règle. Chaque artiste définit l'image de l'homme selon des préférences déterminées et, pour y parvenir, il « mesure et combine dans l'image du monde certains éléments qui lui sont propres et qui caractérisent sa création, son univers ». Ces mots venus sous la plume d'Henri Focillon à propos de Piero della Francesca peuvent s'appliquer à tout peintre concevant l'acte de peindre comme un mode d'être, et particulièrement à celui qui, comme Georges Rohner, n'entendait pas faire des aveux ou dévoiler ses sentiments.

L'oeuvre ne contenait pas de confidences biographiques : elle se confondait cependant avec l'être profond du peintre qui, par exemple amoureux de Bach et de Mozart, sensible à l'extraordinaire équilibre sonore d'un quintette de Brahms, n'avait jamais cessé d'interroger les formes idéales des instruments à cordes, ou encore, épicurien toujours à l'affût des plaisirs fragiles et denses de la vie, avait constamment détaillé avec gourmandise des fruits chargés de soleil. Les éléments que Rohner empruntait au monde, il ne s'agissait pas pour lui de les « associer avec puissance » comme le demandait Eugène Delacroix, mais bien plutôt d'en proposer une organisation autre, assez étrange et assez autonome pour défier les chercheurs de trucs. Car Rohner n'était pas de ceux qui se contentaient d'ajouter un unique ingrédient à la réalité. Par son insistance à grouper des sensations et des sujets divers qui tous, cependant, se condensaient en une vision unique qu'il nous faut décidément appeler un style, il appartenait à la race des artistes auxquels Marcel Proust vouait sa plus grande prédilection, Elstir peut-être, mais plus sûrement l'imaginaire Vinteuil, dont chacune des sensations reconduisaient toujours à cette même « fragrance de géranium de sa musique » qui, ajoutait le romancier, « n'en est pas l'explication matérielle mais l'équivalent profond ». Il n'y avait pas d'explication matérielle de l'oeuvre de Rohner. Mais il y a un équivalent profond qui pourrait bien être, tout simplement, l'odeur de la peinture. Comment prouver la peinture, sinon en peignant ?
(Exposition d'oeuvres de Georges Rohner et Philippe Garel à l'Institut de France, 27 quai de Conti, jusqu'au 30 juin)

www.georges-rohner.com
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
22-06-2017
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